LES NAUFRAGÉS DE SION

Enquête sur les mouvements radicaux obsédés par le conflit israélo-palestinien. Qui sont-ils ? Le film propose un décryptage de ces nébuleuses ultra-antisionistes (Les Ogres, réseau Dieudonné, Indigènes de la République) et ultra-sionistes (LDJ et réseau anti-Eurabia) en s’appuyant sur la parole d’experts et des débats avec des personnalités responsables ou prenant le contre-pied de ces mouvances.
Diffusion : mardi 19 février 2013 à 21.30

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LES ENRAGÉS DE L’IDENTITÉ

 

Divisée entre les identitaires et les ultra-nationalistes, cette mouvance, à droite du Front national, s’est fait connaître à coups d’« apéros saucisson pinard » et d’opérations « coup de poing » contre la mosquée de Poitiers, ou encore lorsque les gros bras des Jeunesses nationalistes ont passé à tabac des militantes féministes Femen lors d’une manifestation organisée contre le mariage pour tous. Qui sont ces groupes, quelles sont leurs différences ? Comment expliquer l’évolution de cette mouvance radicale, parfois passée de l’antisémitisme et du régionalisme à un discours pseudo-républicain mais, surtout, anti-Islam ?
Diffusion : mardi 19 février 2013 à 20.35

 

LES RADICAUX DE L’ISLAM

Qu’ils soient salafistes ou Frères musulmans, ils forment la planète de ceux qui placent leur vision de Dieu au-dessus des hommes. Ce film explore et explique les nuances politiques de ces deux courants de l’islam avec une attention toute particulière portée à la différence entre le réformisme fondamentaliste et stratège des Frères musulmans et la démarche des salafistes. A travers le combat d’un imam, Hassen Chalghoumi, courageux résistant à la propagande des tenants de l’islam politique, antisémite et antilaïque, puis à travers un décorticage minutieux de l’UOIF, ses prédicateurs et ses modèles.
Diffusion : mardi 12 février 2013 à 20.35

LES OBSÉDÉS DU COMPLOT

Ils lisent le monde à travers des complots. A chaque événement, les médias sont soupçonnés de ne pas dire la vérité… Ils croient en des auteurs comme Thierry Meyssan, passé de la défense de la laïcité à celle de l’ayatollah Khomeyni. Ils croient au complot sur le 11 Septembre, à celui visant à remodeler le Moyen-Orient. Ils croient aux mercenaires, souvent à la solde de l’Iran ou de la Syrie, qui leur expliquent le monde comme un roman policier. Qui sont-ils ? Pourquoi ont-ils tant de succès ?
Diffusion : mardi 5 février 2013 à 20.35

Bio de Caroline Fourest

Caroline Fourest est journaliste, essayiste et réalisatrice. Elle est également chroniqueuse à Radio France, auteure de nombreux livres, remarqués, sur l’extrémisme et l’intégrisme (comme Tirs croisés, Frère Tariq ou Marine Le Pen), et réalisatrice de documentaires comme Hymen : certifiées vierges (Envoyé spécial, France 2), La Bataille des droits de l’homme (« Thema » Arte, Doc en stock), Des petits soldats contre l’avortement (Spécial investigation, Canal+), et Marine Le Pen, l’héritière (Infrarouge, France 2).

Entretien avec Caroline Fourest, réalisatrice

Que souhaitez-vous transmettre aux téléspectateurs au travers de cette série documentaire ?
Caroline Fourest : 
Depuis quinze ans que j’enquête sur les mouvements radicaux, je suis toujours frappée par la difficulté de la télévision à traiter ces réseaux, leurs acteurs, leurs discours, leur impact. Alors qu’ils sont très actifs et très influents sur le débat public, notamment sur la Toile, qui constitue la nouvelle agora de toute une génération. J’avais envie, depuis des années, de proposer une écriture documentaire qui permette des enquêtes à la fois vivantes, urbaines, 2.0 et réellement grand public et pédagogiques. C’était le pari. Je le crois assez réussi.

Quand on suit depuis des années, comme vous, ces réseaux aux extrêmes de notre société, comment en montrer les mécanismes complexes en quatre documentaires de 52’ s’adressant au grand public ?
C. F. : 
En prenant le téléspectateur par la main et en l’emmenant en balade, exactement comme on enquête dans la vie. On se pose des questions en marchant dans la rue, on rencontre des experts dans des cafés qui vous permettent d’y voir clair, on navigue sur la Toile… On creuse, on fouille. On fait des arrêts sur images. Tout devient limpide quand on connaît les personnages, les sites, les arrière-boutiques de toutes ces vitrines. C’est donc ce que l’on fait pour le téléspectateur, on le fait passer du lèche-vitrines de ces propagandes à leurs arrière-boutiques. A travers une balade-enquête.

Pourquoi avoir choisi ces mouvances plus spécifiquement ?
C. F. : 
Parce que leurs arrière-boutiques sont plus passionnantes ! Il y a un plus grand écart entre la vitrine – leur message dans les médias – et la réalité de leurs coulisses : le discours qu’elles tiennent en petits cercles, auprès de leurs partisans. Ce qui rend l’enquête d’autant plus nécessaire et leur message plus dangereux. Par exemple, lorsque des sites complotistes, très vus sur Internet, prétendent démasquer les « vérités » officielles de certains gouvernements… Et mentent en réalité sur commande pour le compte d’autres gouvernements. Ou lorsque des groupes d’extrême droite disent vouloir militer pour la laïcité et qu’on apprend, en allant les écouter dans leur arrière-boutique, qu’ils se moquent du débat sur l’islam et veulent en fait faire avancer le projet d’un retour à une France blanche… Tous les acteurs que nous décortiquons sont très actifs pour déjouer les journalistes et faire passer un message subliminal qui détruit le vivre-ensemble ou empoisonne le débat public. C’est donc un défi et presque un devoir, journalistique et citoyen, que de trouver un moyen d’informer sur eux.

Quelles ont été les principales difficultés dans la réalisation de cette enquête ? Comment éviter les manipulations ?
C. F. : 
Justement, contrairement à du journalisme de reportage, nécessairement embarqué par le sujet qu’il suit et dont il dépend pour avoir des « séquences », cette façon de faire du documentaire résiste au risque de manipulation. Puisqu’il s’agit d’une contre-enquête d’un bout à l’autre, où nous faisons en permanence des allers-retours entre ce que l’on nous donne à voir (les manifestations officielles de propagande) et ce que l’on nous masque. Puis nous donnons la parole à ces acteurs dans un cadre franc, une discussion-confrontation où ils pourront s’exprimer librement, mais où le téléspectateur pourra juger puisqu’il aura eu des éléments lui permettant de décoder par lui-même.

Quels entretiens exclusifs avez-vous menés pour cette série documentaire ?
C. F. : 
Il ne s’agissait pas de rechercher l’exclusivité, mais de montrer des éléments de coulisses que l’on ne voit jamais en télé. Nous avons retrouvé des extraits vidéo hallucinants de Thierry Meyssan, l’homme qui écrit un best-seller complotiste sur le 11 Septembre et qui sert maintenant la propagande de régimes comme l’Iran ou la Syrie. On va découvrir le vrai discours des identitaires, pas seulement quand ils envahissent une mosquée, mais quand ils sont entre eux et tracent les frontières ethniques de ce qu’est à leurs yeux un Français… Il y a des images édifiantes, jamais vues sur une télévision française, sur le double discours des Frères musulmans. Des extraits de sites ou de discours montrant les dérapages commis par les ultra-sionistes ou ultra-antisionistes au nom du conflit israélo-palestinien. Ce sont des éléments clefs, terriblement parlants, que je connaissais parfois depuis des années, mais que je n’ai jamais pu montrer en télévision.

Quels ont été les entretiens les plus compliqués à organiser et pourquoi ?
C. F. : 
Pour beaucoup de tournages, il a fallu ruser pour pouvoir utiliser une caméra. Par définition, les extrêmes sont très méfiants. J’ai parfois dû envoyer plusieurs équipes, sur différents modes. Mais le plus compliqué, c’est incontestablement de travailler sur Dieudonné, qui dit défendre la liberté d’expression, mais ne donne aucune interview et terrorise les diffuseurs à coups de procès. Quand il n’est pas lui-même sous le coup d’une procédure. Si bien qu’on ne peut pratiquement rien montrer. Ni son sketch chez Marc-Olivier Fogiel de 2003, pourtant à l’origine des premières critiques et indispensable à revoir pour juger s’il s’agissait d’une parodie simplement antisioniste ou antisémite… Ni son dernier film, L’Antisémite, interdit à la diffusion, et pourtant très éclairant sur jusqu’où l’a conduit sa dérive actuelle. L’utilisation de certaines archives a parfois été difficile, à cause d’un contexte juridique permettant réellement à quelques acteurs concernés de faire de la rétention d’images. Mais on trouve toujours un moyen quand la démonstration en vaut la peine et que l’information doit passer.

Vous êtes aujourd’hui la cible de certains mouvements extrémistes. Comment vivez-vous avec cette menace ? Constitue-t-elle un frein à la poursuite de votre travail ?
C. F. : 
Je suis la cible de certains mouvements extrémistes parce que je travaille sur eux depuis longtemps et que mon travail, justement, les dérange. Si je n’étais pas leur cible, je crois que je finirais par me dire que mes enquêtes ou mes articles n’ont vraiment aucun intérêt… Je travaillerais sur autre chose car ce sont, bien évidemment, des sujets très délicats et parfois épuisants. Mais passionnants, vraiment. Quand je fais ce type d’enquête et d’analyse, je sais pourquoi j’ai voulu être journaliste, et non philosophe ou sociologue. Certains acteurs de ces mouvements n’ont pas voulu me répondre, mais cela ne me pose pas trop de problème puisque j’ai appris à travailler sur eux, depuis des années, sans autorisation. Un peu comme un chercheur qui ramasse patiemment toutes les miettes qu’ils sèment, dans leurs médias ou chez les confrères. Certains, au contraire, étaient assez intrigués et même curieux de débattre avec moi. Toutes les discussions-confrontations que j’ai eues ont d’ailleurs été cordiales et, je le crois, très respectueuses de nos divergences. J’ai une sorte de code d’honneur à force de travailler sur des mouvements aussi loin de mes idées. Je respecte profondément mes adversaires idéologiques. Certains me sont même sympathiques en tant qu’individus, mais ce n’est pas la question. Mon engagement est dissocié de ma méthode de travail. Je déploie beaucoup d’énergie à travailler sur ces propagandes parce que je les crois réellement nocives et, surtout, parce qu’elles désinforment… mais je crois plus à la démonstration qu’aux sermons journalistiques. J’ai d’autres espaces pour exprimer mes opinions sous la forme d’« éditos ». Quand j’enquête, c’est le questionnement et la démonstration qui me passionnent. Parfois même, je lutte contre un vocabulaire trop familier sur ces groupes. Car ils me sont familiers ! Je les connais par cœur, je peux comprendre leurs motivations, leurs ressorts profonds, comme leur stratégie de communication. C’est un vrai atout pour les disséquer, qui me fait gagner beaucoup de temps et me permet d’éviter, justement, pas mal de pièges.

Quelle place croissante occupent ces différents mouvements extrémistes en France et en Europe ? De quoi sont-ils révélateurs ?
C. F. : 
Tous les radicaux sur lesquels nous avons travaillés sont des leaders d’opinion, d’aujourd’hui et de demain. Parce qu’ils délivrent leurs propagandes sur Internet sans filtres et très souvent sans être déjoués, dans un contexte terriblement tendu, crispé par les replis identitaires, ou le citoyen-internaute, bombarde d’information et parfois noyé, finit par chercher le complot derrière le complot pour tenter de s’y retrouver. Entre la paranoïa et le préjugé, il fallait trouver un espace – à la télévision – pour prendre le temps d’y voir clair. France 5 était la chaîne idéale pour cela. Avec Et la Suite… ! (Productions), nous lui avons proposé une série que je rêvais de faire depuis des années et qui, je l’espère, surprendra par son écriture, sa forme assez nouvelle, et passionnera le plus grand nombre. Ceux qui attendent de la télévision des clefs. Pour pouvoir décoder ceux qui agitent nos débats et notre monde en plusieurs dimensions.

Propos recueillis par Anne-Laure Fournier

Bonjour tout le monde

Carole Gaessler présente, dans Le Monde en face, la série documentaire exceptionnelle réalisée par Caroline Fourest. La journaliste propose une enquête en quatre volets au cœur des mouvements radicaux qu’elle analyse depuis quinze ans.

Ils empoisonnent le débat public, les forums sur Internet et détruisent le vivre-ensemble. Eux, ce sont les « réseaux de l’extrême », des tribus d’internautes soumis à des mercenaires de la propagande passés maîtres dans l’art de désinformer pour mieux faire monter les tensions, radicaliser les identités et semer le soupçon contre les médias ou la démocratie. La journaliste Caroline Fourest, qui travaille sur les mouvances extrémistes depuis plus de quinze ans, a décidé de décortiquer leurs codes, d’en dévoiler les coulisses et de les décrypter. Au travers de quatre documentaires incarnés et urbains d’un genre nouveau, ­Caroline Fourest mène l’enquête : rencontres avec les meilleurs décrypteurs, diffusion d’images souvent inédites en télévision… Elle démasque ainsi leurs méthodes de propagande et se confronte à leurs membres.